par Arthur - 17 mars 2021

Le pull cachemire, en mieux.

L
e pull ras du cou est un grand classique du vestiaire masculin. Qu'il soit en coton, laine vierge, laine mérinos ou en cachemire, porté avec un T-shirt ou une chemise, voire à même la peau, il se porte à peu près toute l'année suivant son épaisseur. Le pull en cachemire est un peu le préféré de la bande: plus beau, plus doux que les autres, mais la révolution du "moins cher tout le temps" est passée par là.

Comme beaucoup de produits de luxe au départ, l'appétit du grand-public et l'augmentation des volumes ont contribué à démocratiser le cachemire. Des marques se sont spécialisées (Eric Bompard ou Kujten) et même la fast fashion et des distributeurs généralistes, ont fini par en proposer à des prix imbattables.

Comment, dès lors, justifier des prix de parfois plusieurs centaines d'euros quand on peut dénicher des pulls en cachemire à 99€ ? Explications.

L
e cachemire est une laine qui provient du sous-poil des chèvres Capra Hircus. Caché sous une épaisse couche de laine grossière, ce duvet les protège des températures extrêmes de Mongolie qu'elles affrontent l'hiver, à des altitudes qui dépassent parfois les 2000m. Une chèvre ne produit qu'entre 150 et 250 grammes de cette fibre par an, ce qui explique sa rareté de départ.

La Chine et la Mongolie sont à l'origine de la majorité des 20 000 tonnes  produites chaque année (ce qui ne représente toutefois qu'1% de la production mondiale de laine). Un volume qui va croissant et qui pose un défi écologique sans précédent aux éleveurs nomades de ces régions car toutes ces chèvres broutent l'herbe des steppes et finissent par dégrader, voire désertifier certaines zones avec l'augmentation de la demande mondiale. L'importance du sourcing de la fibre est donc double : il faut à la fois identifier les meilleurs élevages pour la laine et valoriser ceux qui adoptent une attitude raisonnée pour préserver les herbages et les chèvres. Rien de cela n'est évidemment possible avec le cachemire à bas coût issu d'élevages quasi-industriels qui inondent le marché et maltraitent parfois les animaux. Cela a d'ailleurs poussé certaines marques grand public (Asos et H&M) à tout bonnement renoncer au cachemire sous la pression de leurs clients et d'associations (à défaut de s’approvisionner chez les meilleurs élevages qui sont trop chers pour eux...).

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our notre pull, nous avons focalisé notre attention sur ces deux aspects : la qualité du fil et le soin apporté à la détection des élevages. Notre choix s'est porté sur la maison Carriagi, le nec plus ultra du savoir-faire italien. Une matière brute sélectionnée drastiquement par eux est ainsi directement envoyée depuis la Mongolie intérieure jusqu'à leur filature familiale située à Cagli, petit village des Marches, bâti sur les flancs du mont Petrano, à une encablure de Florence. Le fil est ensuite tricoté à 224km de là par un atelier de Venise qui travaille essentiellement pour les marques haut-de-gamme.

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ais alors, qu'est ce qui explique techniquement de telles différences de prix ?

La qualité de la fibre d'origine tout d'abord. L'astuce de certaines marques consiste à mélanger différentes qualités de fibre (des courtes et des longues, des blanches et des grises) de façon à faire baisser le coût moyen de la matière première. A titre d'exemple, le cachemire de chez Carriagi approche les 200€ le kilo, quand on sait qu'un pull simple pèse déjà bien 250 grammes... Comme expliqué précédemment, il va de soi que les filateurs qui sont les plus exigeants sur la santé du troupeau et les conditions d'élevage feront payer plus cher leur cachemire.

Comme pour les fibres de coton, la longueur et la finesse de la fibre de cachemire sont également un indicateur important de sa qualité. Le "titrage" le plus répandu est le 2/26 nm : 2 pour dire que le fil est doublé, 26 pour la longueur et la finesse du fil. Celui que nous avons sélectionné chez Carriagi est encore un peu plus fin puisqu'il s'agit d'un 2/28 nm.  Autre facteur qui explique le prix : la couleur de la fibre. Plus elle sera blanche plus elle sera chère car elle permettra une teinture parfaite et des couleurs plus profondes. C'est justement la spécialité de Carriagi !


Petit aparté :
l’appellation "2 fils", "4 fils" ou même "12 fils" n'est pas à proprement parler un indicateur de la qualité d'un cachemire. Il indique simplement le nombre de fois ou le fil a été retordu (c'est-à-dire enroulé avec un autre). Il y aura donc un poids beaucoup plus important de fibres dans un pull "12 fils", mais le poids et la qualité sont deux choses différentes (même si le poids en fibre augmentera mathématiquement le prix du vêtement par rapport à un "2 fils").

Second aparté : on croit parfois à tort qu'un cachemire qui bouloche est de piètre qualité. Et bien pas du tout. Le cachemire n'est pas une laine peignée (c'est-à-dire dont on a retiré l’excédent), il est donc normal que le frottement des premiers ports génère d’agaçantes bouloches. C'est contre-intuitivement des cachemires qui ne boulochent pas dont on devrait se méfier. Ils ont probablement été traités artificiellement pour être plus doux que ce que leur piètre qualité de fibre n'aurait permis. C'est "l'enrobage" subit qui les préserve de ces bouloches au début. Seule solution pour les plus beaux cachemires : les laver le plus souvent possible. D'abord le cachemire adore l'eau et l’excès de fibre s'atténuera naturellement au bout de quelques ports et lavages.

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ernier facteur qui explique les variations de prix : le pays du filage de la laine et celui du tricotage du fil. Il va de soi que les cachemires filés et tricotés en Chine seront moins chers que ceux filés et tricotés en Europe pour des raisons évidentes de coûts salariaux. Ce n'est pas tant la qualité qui est en cause (on peut trouver de bons pulls chinois) que la préservation de savoir-faire européens et d'une forme de responsabilité sociale.  Mais c'est sans compter le dernier argument à prendre en compte, peut-être le plus important de tous : le coût écologique du vêtement.

Savez-vous comment se réparti le CO2 émis par un vêtement ? Le transport en premier ? La matière première (naturelle ou pas)  utilisée ? Et bien non. Comme le montre l'excellent article de nos confrères de la marque Loom (ici), 69% des émissions de CO2 d'un vêtement sont liés à l'origine de l’électricité qui a fait fonctionner les machines qui l'on fabriqué. En fait, le problème principal de la fabrication d'un pull en Chine n'est pas tant la distance ou les dures conditions salariales (selon votre sensibilité sur ces sujets), c'est surtout que votre pull sera entre 70% et 100% "énergie charbon" suivant la région chinoise de sa production. 

L’électricité chinoise produit ainsi près de 766gr de CO2 par kWh (source Ademe) quand l’Italie en nécessite presque deux fois moins et le Portugal trois fois moins... Votre pull chinois vous coûtera donc surement deux fois moins cher mais sera aussi deux fois plus polluant.


Pour illustrer notre propos et mettre tout ce qu'on vient de dire en perspective, on s'est permis de regarder le prix et la provenance de pulls en cachemire d'autres marques (sans être exhaustif, ni porter un avis sur leurs qualités intrinsèques). On constate que les marques accessibles n'ont pas le monopole de la fabrication asiatique. La Toile d'Avion fait partie des marques à avoir choisi une fabrication européenne et propose sans doute le cachemire avec le meilleur rapport écolo/qualité/prix. 


La Toile d'Avion lance sa version du pull en cachemire jeudi prochain. Nous espérons que ce petit topo aura été éclairant.

Rendez-vous le 25 mars !

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Vous en voulez encore ? Nous vous recommandons le film de Loro Piana
sur l'élevage de la chèvre cachemire, peu de mots, mais de très belles images... (ici).